Generation "Petite Poucette"

Décryptage des comportements et modes de consommation de la génération Z

Pourquoi les « images fantômes » de Snapchat fascinent-elles nos ados ?

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  • Les adolescents se préoccupent de plus en plus de l’image qu’ils véhiculent sur internet
  • En quête de valeurs « libératrices » l’adolescent voit en Snapchat un moyen de s’exprimer et de lâcher prise sans conséquence
  • Les images fugitives envoyés par Snapchat n’ont pas vocation à avoir un sens profond pour les adolescents

Comment le « Snap » a t-il rendu Facebook ringard

Créé par deux étudiants de Stanford en 2011, le réseau social Snapchat adulé par les collégiens et lycéens, compte 100 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, dont 70% de jeunes filles. Chaque jour, 400 millions de « snaps »  sont envoyés sur mobile.

Selon une enquête ethnographique menée auprès d’adolescents entre 12 et 17 ans, Snapchat est un succès car il reste un recoin numérique préservé du regard des parents. Facebook est devenu pour certains adolescents infréquentable depuis que leurs parents et profs s’y sont inscrits à leur tour.

L’appli Snapchat permet d’envoyer des « snaps » (photos) qui restent visibles pour le destinataire entre 1 à 10 secondes seulement. La capture d’écran est possible mais minoritaire car un message en averti l’expéditeur.

L’enquête révèle une préoccupation grandissante des jeunes autour de leur « réputation » présente et future, cela se manifeste par une gestion constante de leur image en ligne : se détaguer, surveiller, supprimer, mais aussi parler des effets néfastes : « Mon pote, quand j’ai vu les photos de la soirée qu’il avait posté, je lui ai dit : tu rigoleras moins dans 10 ans quand on te ressortira ces photos ».

Un autre type d’inquiétude moins conforme aux mises en garde des adultes est la crainte de perdre la face en étant « affiché » – adjectif qui a dans le langage des ados une connotation très négative. Bien qu’elle s’appuie rarement sur des expériences vécues, la hantise est réelle de voir exposées sur Facebook des images de soi dévalorisantes, que les adolescents désignent par la formule très usitée de « photos dossier » (photos d’enfance ou de cérémonies encadrées dans le salon familial d’un(e) ami(e) , photos désavantageuses prises sur le vif à la cantine, lors de soirées…).

Autre pesanteur des effets propres à Facebook : l’inévitable soumission à la performance des « likes », qui sanctionnent par leur absence ou leur petit nombre un « post », une photo ou une vidéo peu appréciée.

L’effet libérateur du « Snap »

L’utilisation de Snapchat semble contrer Facebook dans la mesure ou pour l’adolescent il représente une valeur libératrice. En effet celui ci peut échanger des images de lui sans laisser de traces, sans incidence, ni conséquences. Photos de grimaces, de visages défaits, grimés, gribouillés, langues tirées, dentifrices sur les lèvres ou shampoing sur les cheveux, mauvais profil et gros plans désavantageux apparaissent et font fi des valeurs esthétiques des photos figées de Facebook.

« C’est cool de s’envoyer à quelques-uns des photos où on ne pose pas comme sur un magazine, genre la photo de profil facebook, ça fait du bien de se laisser aller » Kévin, 17 ans

« Avec Snapchat les photos ne sont pas sauvegardées donc on s’en fout un peu, elles peuvent être prises au naturel, mêmes si elles sont moches la personne ne pourra pas les revoir… » Agatha, 14 ans

On comprend alors la fonction libératrice que prend pour les adolescents ces échanges d’ images sans contraintes, qui leur permet de se soustraire à la tyrannie des regards.

L’envoi de « Snaps » : un usage dénué de sens pour les adolescents

Cette abondante fabrique visuelle met également au jour un nouveau rapport à l’image qui se solde par une forme d’indifférence au sens de ces images et des textes qu’elles comportent. En effet, ces visions fugaces, et ces mots que l’on lit forcément en diagonale ne demandent pas forcément à être compris par les adolescents. « Qu’a-t-il voulu dire ? Pourquoi cette photo ? » demande t’on à ces adolescents qui répondent le plus souvent avec un haussement d’épaules : « aucune idée ! ».

Alors que l’adulte curieux guette l’arrivée d’une de ces images fantômes et tente de la décrypter, voir « passer » une de ces images est pour les adolescents du même ordre que suivre des yeux distraitement une personne en mouvement : il s’agit d’une manifestation limitée dans le temps, dont la particularité est qu’elle ne requière pas toute l’attention. Comparables à une musique qui accompagne un moment de vie, ces images échangées ont le statut inédit d’images d’ambiance.

Envoyer une image sur Snapchat est un geste qui, le plus souvent, ne prétend pas faire sens, mais qui vise à faire entrer le destinataire dans un rapport à soi purement perceptif : « Voilà comment je me sens ! »  On ne partage rien de particulier, sauf une intensité, et qui échappe au sens comme à la fixité.

Les usages de Snapchat sont un cas exemplaire de la spécificité de l’expérience numérique adolescente.

En dépit du nombre impressionnant d’images échangées, et du temps passé le mobile à la main, le « phénomène Snapchat » conduit à penser que les échanges numériques ne sont pas au centre des relations entre les adolescents, mais à leur périphérie, comme des musiques de fond.Est-ce parce qu’ils sont nés et ont grandi à l’ombre des réseaux sociaux ? Ou est-ce parce que l’adolescence est cet état si particulier, où l’on est assailli de ressentis corporels nouveaux, auxquels ne correspondent précisément aucun mot ni aucune représentation ?

Si elles ont tant de succès chez les adolescents, c’est que les images de Snapchat offrent une forme sans exigence de sens au service du lent façonnage de soi.

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