Generation "Petite Poucette"

Décryptage des comportements et modes de consommation de la génération Z


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Le « Borecore » ou l’ennui des ados sur la toile

n-BORING-large570Ultra connectés et sollicités en permanence, tout peut laisser croire qu’il n’y aucune place pour l’ennui chez les adolescents en 2015.

L’Observatoire de la vie numérique des adolescents a cependant mis en lumière une nouvelle tendance basée sur une enquête ethnographique visant à décrypter le sentiment des jeunes français face à internet.
Le sentiment principal qui ressort des entretiens est surprenant : « lassitude, trop plein, inintérêt ou encore disqualification des contenus et des services dont les jeunes font pourtant couramment usage ».

L’ennui des adolescents un mal de tous les temps

Les adolescents n’ont pas attendu les nouvelles technologies pour exprimer leur désœuvrement. On doit pouvoir trouver quelques hectares de couvertures de cahiers de texte décorés, sans compter des années de journaux intimes lus de leurs seuls auteurs.

Flaubert écrivait déjà en 1839 :
« Si je t’écris maintenant, mon cher Ernest, ne mets pas cela sur le compte de l’amitié, mais plutôt sur celui de l’ennui… » !

Luc Wise, Directeur général en charge de la stratégie de l’agence Herezie, explique :  » Quand j’étais plus jeune, après l’école, on prenait le goûter, on regardait un peu la télé puis on se téléphonait des heures avec les copains alors qu’on avait passé la journée ensemble. Parfois, on écrivait son journal intime. Aujourd’hui, ces rituels se sont digitalisés. C’est tout. Tout change pour que rien ne change « .

Les adolescents ne s’ennuient donc pas moins qu’avant, mais les outils numériques leur fournissent une capacité nouvelle à exprimer leurs sentiments de la façon la plus rudimentaire qui soit. L’ennui se partage et se donne désormais à lire.
L’idée est de partager avec ses amis, ceux qui vous suivent sur les réseaux, une esthétique de l’insignifiance. «C’est une façon de traîner virtuellement ensemble.»

Jenna Wortham, journaliste au New York Times a trouvé un nom à cette tendance, il s’agit du « borecore » traduire par « pur ennui ».

Le « Borecore » une pratique qui devient tendance

ennuiLes outils numériques seraient ainsi devenus un moyen pour la jeune génération d’évacuer son ennui et de le partager avec ses amis sans chercher forcément à trouver un remède contre ce sentiment.

En effet, pour meubler le vide, les jeunes produisent sur les réseaux sociaux un flot d’images et vidéos banales et sans intérêt : selfie mal cadré ou avec une expression morne, chambre vide, plafond, genou, télévision allumée…
Associez à ces images le hashtag #bored (plus de 85 millions d’occurrences sur Instagram), et vous obtiendrez le « borecore ». Les adolescents ne tirent pas de gratification autre que celle d’offrir du « lol » à la communauté et de partager leur « feeling » du moment.

Le geste numérique devient de plus en plus mécanique  » je pose mon sac, j’allume mon ordi, je vais sur Facebook, puis sur Twitter, puis sur VDM, puis sur Instagram : rien de palpitant, mais bon, c’est ma petite habitude « , dit une adolescente de 17 ans. Les réseaux sociaux pour nos ados c’est cela : une petite habitude, une routine quotidienne.

Finalement les ados s’ennuient depuis toujours (et c’est plutôt rassurant car c’est le signe qu’ils vont bien), seule l’expression de l’ennui, qui se vit aujourd’hui collectivement et digitalement, a changé.

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Le succès fulgurant de Brandy Melville auprès des adolescentes

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Brandy Melville est devenue en moins de 4 années la marque de vêtements préférée des adolescentes. D’une obscure marque familiale créée il y a environ 20 ans en Italie, Brandy Melville se positionne comme LA marque fétiche des adolescentes. La marque a ouvert son 1er magasin en Californie en 2009 près de Los Angeles. Elle compte aujourd’hui 50 magasins dans une quinzaine de pays aux Etats Unis et en Europe.

Brandy Melville c’est d’abord un style :

Même si vous n’avez jamais mis les pieds dans un magasin Brandy Melville, même si vous n’avez pas entendu parler de cette marque très populaire, vous avez sans doute remarqué les filles « Brandy » qui sont partout dans la rue.

La jeune fille Brandy Melville est une jeune fille mince qui porte cheveux longs, s’habille en shorts courts, tops amples et chandails sur-dimensionnés.

Des concepts store vintage, des vêtements « one size », des basics :

IMG_3244Bois blanchi, couleurs douces, chaudes et délavées (crème, bleu et rose poussiéreux, marron), gros canapés, palettes…un esprit antique et vintage caractérisent les boutiques Brandy Melville.

Des vêtements basics, confortables et « one size ». La plupart des articles sont disponibles uniquement en taille unique, les coupes amples permettent une adaptation du vêtement à différentes morphologies.

Des basics « incontournables » faciles a associer : des tops, chandails, shorts, des couleurs neutres (gris, noir, blanc). Quelques articles fleuris et rayés. Un positionnement prix abordable, entre Forever 21 et American Apparel. Des boutiques que les jeunes filles fréquentent assidument entre amies.

 La co-création avec les ambassadrices de la marque :

La stratégie commerciale innovante de la marque est basée sur le choix du style par les adolescentes elles-mêmes. Celles-ci sont guidées et payées par la marque pour chercher et sélectionner de nouveaux styles. Dans l’arrière-salle de la boutique du « Brandy Melville » de Santa Monica, elles participent à la création de nouveaux vêtements, sont interrogées sur tous les aspects de la collection : couleur, style, tissu…

La marque va à contre-courant de ses concurrents, ici pas de logo facilement identifiable. La collection s’appuie sur un ensemble de pièces à associer pour créer son style. Chaque jeune fille peut ainsi trouver son propre style tout en capturant l’esprit « Brandy Melville ».

Un concept intéressant s’intégrant dans la mouvance de la génération Z qui souhaite appartenir à un groupe tout en affichant sa propre personnalité.

Le buzz via les réseaux sociaux :

BrandyInstagramLa marque mise sur une stratégie de communication basée essentiellement sur les réseaux sociaux. Elle compte 2,6 millions de followers sur Instagram (quand Forever 21 en compte 1,3 millions).

Le marketing viral s’appuie sur des ambassadrices. Des vêtements et un photographe sont mis à la disposition des ambassadrices qui posent avec les vêtements Brandy Melville. La marque se réserve ensuite le droit de poster les meilleures photos et styles sur Instagram. Les ambassadrices font ainsi le buzz des photos postées.

Un beau succès pour cette marque qui a su capitaliser sur les besoins spécifiques de la génération Z : être acteur de son style grâce à la co-création, fort besoin de différenciation tout en affichant un style identifiable par ses pairs, formidable besoin de partage via les réseaux sociaux.

Cette stratégie collera t’elle suffisamment aux besoins et aspirations des adolescentes pour permettre à Brandy Melville de rester à l’abri du feu de paille qui a consumé en quelques mois Abercrombie & Fitch et Aeropostale ?

 

 

 

 

 


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L’arrivée de la génération Z dans l’entreprise : une adaptation nécessaire pour les managers

Generation-Z-280x190Selon une étude récente réalisée par BNP Paribas, le monde de l’entreprise est perçu par la génération Z comme « impitoyable, stressant, ennuyeux ». Des mots durs pour décrire le monde professionnel…

Les Z ont la particularité d’exprimer leur individualité à travers le collectif. Ils s’inscrivent dans une logique transversale, marquée par la collaboration et la coopération.

D’autre part, les moins de 20 ans n’hésiteront pas à remettre en cause ou à poser des questions, que ce soit lors de formations ou pour leur premier emploi. Avec Google dans la poche et un réseau dense, le jeune Z profitera à fond de l’apprentissage en ligne : le sens du savoir a, dès lors, radicalement changé. Le net se trouve un niveau au-dessus des boss, des collègues…

Le point de vue personnel ainsi que la capacité à assimiler des connaissances via le web prennent le pas sur l’encadrement d’entreprise ou l’environnement personnel.

47% de cette génération se projetant dans la création d’une entreprise plutôt que dans le statut de salarié, il devient urgent pour les entreprises de s’adapter pour attirer et retenir cette nouvelle génération.

Rythmes plus souples, hiérarchie pyramidale abandonnée, dématérialisation des postes…les nouveaux enjeux sont de taille !

Les règles essentielles pour intégrer la génération Z dans l’entreprise

  1. Autonomie: les jeunes issus de la génération Z ne supportent pas d’être marqués à la culotte par leur supérieur. Ils souhaitent qu’on leur donne des objectifs et qu’on les laissent travailler de manière autonome, leur esprit d’indépendance doit être respecté.
  2. Décloisonnement des organisations et des rapports hiérarchiques : ils n’ont pas peur de s’adresser aux plus hautes instances de l’entreprise, ils souhaitent pouvoir s’adresser directement aux cadres notamment par le biais du web2.0.
  3. Défis à court terme : il faut qu’ils puissent apprécier les résultats rapidement, ne pas hésiter à les challenger pour qu’ils ne s’ennuient pas.
  4. Feed back réguliers : ils ont besoin d’être rassurés et sont sensibles aux échanges informels quotidiens même si les feed-back sont négatifs.
  5. Adaptation des rythmes de travail : ces jeunes sont flexibles et peuvent travailler de chez eux. L’entreprise doit développer des outils pour les aider à travailler en dehors du bureau (outils collaboratifs et réseaux sociaux d’entreprise)
  6. Transparence, ne pas cacher les erreurs : ils peuvent accepter facilement la critique et leurs erreurs mais ne supportent pas l’imposture et vérifient tout sur internet.
  7. Contrer l’ennui et la routine : leur donner la possibilité de changer de métier, de secteur, de pays… leur permettre de bouger dans l’entreprise, de voyager.
  8. Prise en compte la dimension plaisir : leur permettre de s’épanouir dans leur job. Travailler sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

En résumé la nouvelle organisation sera : organique, structurée et souple avec un mélange de respect des valeurs et savoirs. L’association de l’intelligence collective permettra de répondre à des problématiques qui dépassent la capacité d’un seul individu.


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Génération Z comme Zorro ?

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  • La génération Z a le sentiment d’avoir à réaliser quelque chose et n’attend pas pour agir.
  • Les Z détournent et réinventent les codes classiques de la mode pour exprimer un besoin de créativité et d’individualité.
  • Au-delà d’une proposition de produits, les marques doivent travailler leurs discours et intégrer les réseaux des Z en parlant leur langue.

 

Une génération qui ose

La génération Z qui s’est vue rabâchée qu’il n’y a plus de travail, plus de saisons, que c’est la crise en permanence…ne doute plus de rien. Elle a compris qu’elle ne devait rien attendre des autres pour réaliser ses rêves. Cette génération plus que toute autre met tout en œuvre pour réaliser ses projets et ses rêves en s’exonérant des pré-requis et hiérarchies.

Elle ne peut rester immobile, c’est une génération qui agit et vite, elle porte bien son nom : génération Z comme Zorro !

Ses mentors sont les Marc Zuckerberg, Norman et autres bloggeuses prodiges qui ont bâti seuls, à force de pugnacité et de travail un empire en très peu de temps. En réalisant qu’elle n’avait rien à perdre, mais tout à gagner, la génération Z ressent un besoin urgent d’être actrice de sa vie, d’agir, de décider, de créer, d’entreprendre.

Comme Carmen Bramly, 20 ans écrivaine, le décrit « je suis incapable de me projeter au-delà de 5 minutes dans le temps… » ou Lola Bessis, 24 ans réalisatrice, comédienne et productrice « je vis avec un sentiment d’urgence ».

La génération Z n’attendra pas d’avoir 40 ans pour se remettre en question et réaliser ses rêves d’enfant, elle le fait à 20 ans ! L’apprentissage est permanent pour cette génération. Le créateur du réveil olfactif (SensorWake), Guillaume Roland, 18 ans : « je suis Z car j’ai un accès illimité au savoir, partout et tout le temps. Je suis en auto-apprentissage permanent. »

Une obsession de l’image, un détournement des codes

Les Z sont des consommateurs en puissance, ils maîtrisent leur image à outrance. Les signes identitaires visant leur image et l’esthétique sont très importants. Leur budget annuel de vêtement dépasserait celui de leurs parents d’après l’institut français de la mode (env. 720 euros). Ils acquièrent, grâce à la masse d’informations à laquelle ils ont accès, à une solide culture mode et détournent les codes classiques de cet univers.

C’est une génération qui n’hésite pas à jouer avec les marques, même les plus prestigieuses. Il n’y a pour cette génération pas de référence, pas de maître, pas de codes dominants mais plutôt des engouements, des buzz, des détournements.

modeZHomiesIls n’hésitent pas à transformer les logos des marques de luxe. Le double C Chanel se voit ainsi dégoulinant, la marque Hermes devient la marque Homies New York. Détourner un logo est un acte créatif et d’affirmation de son individualité pour ces jeunes : « ça me donne de la valeur, de l’originalité, ça me rend unique ».

Ils composent ainsi avec les codes du luxe, du sport, des basics, de la rue. Ainsi ils semblent dire « si je ne peux changer le monde, je peux transformer ce qui m’entoure ».

Ils piochent dans les différents codes de la mode et plusieurs marques fétiches pour composer leur garde-robe. Ils plébiscitent les blogs, sollicitent leurs amis. Ils veulent du changement et ne supportent pas de trouver toujours la même chose en boutique. Les images, les photos et les couleurs les attirent.

Suivre leur rythme et leur parler à travers leurs réseaux

Certaines marques ayant compris leur comportement maîtrisent un rythme de changement effréné : H&M, Primark, Brandy Melville, Forever 21…, les basiques sont peu chers, les gammes sont complétées par des mini-collections plus pointues qui vont bien avec la Lol culture de cette génération. Marc Jacobs avec sa politique d’accessoires accessibles et depuis peu sa marque beauté, arrive à conquérir cette cible.

Seules les marques très investies sur le web arrivent à rentrer en contact avec cette cible. Celles-ci doivent, au-delà des produits, proposer du contenu intéressant et être présentes sur de multiples canaux et réseaux sociaux. L’interaction permanente avec les fans est incontournable pour espérer les séduire. Encore faut-il parler la langue des Z…

Comment communiquer avec la génération Z ?

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Certaines entreprises pensent que la génération Z, très peu fidèle aux marques, est une cible difficile à satisfaire. Cela est très certainement le cas, cependant, les entreprises qui auront la bonne approche marketing et s’armeront de patience sauront séduire cette génération.

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Pourquoi les « images fantômes » de Snapchat fascinent-elles nos ados ?

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  • Les adolescents se préoccupent de plus en plus de l’image qu’ils véhiculent sur internet
  • En quête de valeurs « libératrices » l’adolescent voit en Snapchat un moyen de s’exprimer et de lâcher prise sans conséquence
  • Les images fugitives envoyés par Snapchat n’ont pas vocation à avoir un sens profond pour les adolescents

Comment le « Snap » a t-il rendu Facebook ringard

Créé par deux étudiants de Stanford en 2011, le réseau social Snapchat adulé par les collégiens et lycéens, compte 100 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, dont 70% de jeunes filles. Chaque jour, 400 millions de « snaps »  sont envoyés sur mobile.

Selon une enquête ethnographique menée auprès d’adolescents entre 12 et 17 ans, Snapchat est un succès car il reste un recoin numérique préservé du regard des parents. Facebook est devenu pour certains adolescents infréquentable depuis que leurs parents et profs s’y sont inscrits à leur tour.

L’appli Snapchat permet d’envoyer des « snaps » (photos) qui restent visibles pour le destinataire entre 1 à 10 secondes seulement. La capture d’écran est possible mais minoritaire car un message en averti l’expéditeur.

L’enquête révèle une préoccupation grandissante des jeunes autour de leur « réputation » présente et future, cela se manifeste par une gestion constante de leur image en ligne : se détaguer, surveiller, supprimer, mais aussi parler des effets néfastes : « Mon pote, quand j’ai vu les photos de la soirée qu’il avait posté, je lui ai dit : tu rigoleras moins dans 10 ans quand on te ressortira ces photos ».

Un autre type d’inquiétude moins conforme aux mises en garde des adultes est la crainte de perdre la face en étant « affiché » – adjectif qui a dans le langage des ados une connotation très négative. Bien qu’elle s’appuie rarement sur des expériences vécues, la hantise est réelle de voir exposées sur Facebook des images de soi dévalorisantes, que les adolescents désignent par la formule très usitée de « photos dossier » (photos d’enfance ou de cérémonies encadrées dans le salon familial d’un(e) ami(e) , photos désavantageuses prises sur le vif à la cantine, lors de soirées…).

Autre pesanteur des effets propres à Facebook : l’inévitable soumission à la performance des « likes », qui sanctionnent par leur absence ou leur petit nombre un « post », une photo ou une vidéo peu appréciée.

L’effet libérateur du « Snap »

L’utilisation de Snapchat semble contrer Facebook dans la mesure ou pour l’adolescent il représente une valeur libératrice. En effet celui ci peut échanger des images de lui sans laisser de traces, sans incidence, ni conséquences. Photos de grimaces, de visages défaits, grimés, gribouillés, langues tirées, dentifrices sur les lèvres ou shampoing sur les cheveux, mauvais profil et gros plans désavantageux apparaissent et font fi des valeurs esthétiques des photos figées de Facebook.

« C’est cool de s’envoyer à quelques-uns des photos où on ne pose pas comme sur un magazine, genre la photo de profil facebook, ça fait du bien de se laisser aller » Kévin, 17 ans

« Avec Snapchat les photos ne sont pas sauvegardées donc on s’en fout un peu, elles peuvent être prises au naturel, mêmes si elles sont moches la personne ne pourra pas les revoir… » Agatha, 14 ans

On comprend alors la fonction libératrice que prend pour les adolescents ces échanges d’ images sans contraintes, qui leur permet de se soustraire à la tyrannie des regards.

L’envoi de « Snaps » : un usage dénué de sens pour les adolescents

Cette abondante fabrique visuelle met également au jour un nouveau rapport à l’image qui se solde par une forme d’indifférence au sens de ces images et des textes qu’elles comportent. En effet, ces visions fugaces, et ces mots que l’on lit forcément en diagonale ne demandent pas forcément à être compris par les adolescents. « Qu’a-t-il voulu dire ? Pourquoi cette photo ? » demande t’on à ces adolescents qui répondent le plus souvent avec un haussement d’épaules : « aucune idée ! ».

Alors que l’adulte curieux guette l’arrivée d’une de ces images fantômes et tente de la décrypter, voir « passer » une de ces images est pour les adolescents du même ordre que suivre des yeux distraitement une personne en mouvement : il s’agit d’une manifestation limitée dans le temps, dont la particularité est qu’elle ne requière pas toute l’attention. Comparables à une musique qui accompagne un moment de vie, ces images échangées ont le statut inédit d’images d’ambiance.

Envoyer une image sur Snapchat est un geste qui, le plus souvent, ne prétend pas faire sens, mais qui vise à faire entrer le destinataire dans un rapport à soi purement perceptif : « Voilà comment je me sens ! »  On ne partage rien de particulier, sauf une intensité, et qui échappe au sens comme à la fixité.

Les usages de Snapchat sont un cas exemplaire de la spécificité de l’expérience numérique adolescente.

En dépit du nombre impressionnant d’images échangées, et du temps passé le mobile à la main, le « phénomène Snapchat » conduit à penser que les échanges numériques ne sont pas au centre des relations entre les adolescents, mais à leur périphérie, comme des musiques de fond.Est-ce parce qu’ils sont nés et ont grandi à l’ombre des réseaux sociaux ? Ou est-ce parce que l’adolescence est cet état si particulier, où l’on est assailli de ressentis corporels nouveaux, auxquels ne correspondent précisément aucun mot ni aucune représentation ?

Si elles ont tant de succès chez les adolescents, c’est que les images de Snapchat offrent une forme sans exigence de sens au service du lent façonnage de soi.


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Le parcours d’achat beauté des « Petites Poucettes »

Sans titrePoints clés de cet article :

  • Les adolescentes se détournent de la communication classique des marques au profit de nouvelles égéries : les youtubeuses beauté
  • Une relation de proximité, d’identification et de confiance se crée entre les jeunes filles et des « amies » virtuelles non imposées par les marques
  • Le phénomène puissant des youtubeuses reste peu exploité par les acteurs de la beauté en France.

Le secteur de la beauté compte parmi ceux pour lesquels la génération Z est en train de révolutionner les parcours d’achat.

Dans quelle mesure les porte-voix classiques peuvent-ils encore influencer nos jeunes dans cette nouvelle ère où la surabondance et l’accès instantané à l’information est de mise ? La génération Z se détourne en effet de plus en plus des discours formatés par le mass marketing.

Les « Petites Poucettes » quant à elles ne sont plus sensibles aux discours « romancés » des marques, dont les égéries ne leur ressemblent pas et n’ont pas le même impact onirique que sur leurs aînées . Elles n’adhèrent que peu aux codes de la communication classique, mais sont tout comme leurs mères en quête de rêve et de beauté. Dans ce contexte, où ni la publicité mass media ni les conseils d’une vendeuse en magasin ne sont suffisants ou satisfaisants, vers quels moyens les « Petites Poucettes » se tournent-elles pour parfaire leur « éducation beauté » ?

Le phénomène puissant et silencieux des Youtubeuses beauté prend dès lors toute son importance.

Profil et comportement de « Petite Poucette »

« Petite Poucette » est au collège, au lycée ou à l’université. Elle est équipée d’un smartphone avec lequel elle se connecte sur internet dès qu’elle le peut (selon une enquête réalisée auprès de 2000 collégiens, 23% des élèves de 3ème passent plus 2h par jour sur internet).

« Petite Poucette » a un passe-temps qui l’occupe beaucoup : celui de visionner les vidéos de sa youtubeuse beauté préférée. Elle s’identifie à cette jeune femme experte en beauté qui lui ressemble, qui vit comme elle ou presque, qui se montre dans la vie de tous les jours, dans son intimité, sa chambre… à chaque moment de la journée, qui lui parle de ses petits soucis comme de ses joies, qui pourrait finalement être une de ses amies. Elle aime ce rendez-vous avec cette «amie virtuelle» qui lui apprend beaucoup, lui fait découvrir des marques, des astuces, test les produits pour elle, l’éduque sur la beauté, grâce à qui elle devient aussi une experte beauté. Elle lui fait confiance, son discours lui parait authentique. Passionnée par les « haul, revues, tutoriels, morning and night routine, et autres vlogs…» « Petite Poucette » peut ainsi établir sa liste de « must have » beauté sans se tromper.

L’influence des youtubeuses n’a pas de frontières, certaines sont françaises, d’autres anglaises ou américaines…cela permet à « Petite Poucette » de voyager, s’évader et en plus de progresser en anglais ! Grâce aux conseils de ses youtubeuses préférées elle découvre des marques de niche dont certaines étrangères et qui lui permettent de se démarquer de ses amies (The Balm, Tarte, Bath & Body Works…).

Le magasin physique est ensuite son principal relais d’achat, le conseil en magasin devient secondaire puisqu’elle a une idée précise de ce qu’elle va acheter. La distribution spécialisée est son principal canal de distribution, vient ensuite la distribution à marques d’enseignes et le e-commerce. Ombre au tableau, « Petite Poucette » ne trouve pas toujours en France toutes les marques que ses youtubeuses lui ont présentées, car certaines viennent de l’étranger. Elle n’hésite pas alors à se procurer ses marques fétiches sur les sites e-commerce étrangers ou le site .com de Sephora. Elle se fait livrer via une plateforme de réexpédition de colis tel que Shipito pour les boutiques en ligne américaines.

Qui sont ces nouvelles « influenceuses » qui animent des communautés de plusieurs milliers voir millions de jeunes filles ?

Aujourd’hui les youtubeuses les plus populaires ont un impact médias plus puissant que les grands sites internet féminins. Certaines sont devenues tellement populaires qu’elles se sont professionnalisées et ont créé leur ligne de produit comme la française Enjoy Phenix et l’américaine Michell Phan. Cette dernière a d’ailleurs également lancé une chaine TV on-line qui compte plus de 7 millions d’abonnées. Elles ont une présence extrêmement forte sur l’ensemble des réseaux sociaux. Enjoy Phenix avec environ 1 million de fan sur facebook dépasse le nombre de fan facebook du magazine Elle. Twitter est également un canal privilégié des youtubeuses qui leur permet une communication directe avec leurs followers. Les sites féminins n’ont pas réussi à s’imposer sur Instagram alors que sur ce réseau social plus personnel une relation de confiance s’installe entre les youtubeuses beauté et leur followers.

Conscient de la puissance de ces nouveaux influenceurs (selon une étude américaine 61% des consommatrices font confiance aux youtubeuses dans leur choix de produits cosmétiques) le Président Barack Obama a récemment interviewé la youtubeuse américaine Bethany Mota ! Appartenir à la communauté d’une youtubeuse beauté va au-delà de la recherche du conseil et de l’information produit. Il se crée entre les « Petites Poucettes » et les youtubeuses une relation forte de proximité, de complicité et d’empathie inégalée par tout autre forme de communication.

Les marketeurs de la beauté sauront-ils s’adapter pour satisfaire notre « Petite Poucette » qui est entrain de tout réinventer ?

Il devient en effet difficile pour les marques et les distributeurs de s’affranchir de ces nouveaux comportements d’achat beauté bien que peu d’acteurs ont jusqu’ici réussi à réellement satisfaire « Petite Poucette ». On peut toutefois citer la belle initiative du site e-commerce français The Beautyst, 1ère place de beauté sociale, qui allie site marchand et communautés. Ce site sur inscriptions est basé sur la recommandation, les conseils, vidéos et tutoriels des youtubeuses. Il permet de suivre une communauté et d’acheter directement en ligne les produits présentés : voici un bel exemple du social e-commerce.